"Et puis, me balader dans la rue devint vite énervant. Aller au travail aussi. Toutes les femmes autour de moi avaient un ventre qui s'arrondissait. Cela devenait insupportable: pourquoi elles et pas moi?
L'avaient-elles mérité seulement, ce ventre rond? Elles "paonnaient" avec leurs vêtements de grossesse et semblaient me dire: "Hé oui, moi je suis une vraie femme!"
Que je les ai maudites ces femmes au gros ventre! Quand de plus elles en étaient à leur troisième ou quatrième enfant, tous beaux et bien portants, alors là, je les "détestais". Mais de retour chez moi, cette rage tombait pour laisser place au chagrin, aux larmes silencieuses et parfois au désespoir.
Il y avait aussi les femmes d'un milieu plus "simple" qui étaient enceintes. Souvent, j'avais l'impression qu'lles ne percevaient pas le bonheur de la grossesse, qu'elles faisaient des enfants comme elles faisaient le ménage ou la cuisine... Bref, que cela était pour elles une tâche comme une autre. Tous ces sentiments étaient totalement exagérés. Aujourd'hui, avec le recul nécessaire, j'ai compris que la douleur pouvait déformer la réalité. Mais à l'époque, cela me faisait réellement souffrir."

Christine Hélary-Olivier, Sylvie Tiné-Brissiau, Dr Georges Soudré, Je veux un enfant, docteur!