Novembre a des bottes en caoutchouc. Novembre ressemble au froid sur ma peau, moi qui n'ai pas encore de manteau pour nous abriter tous les deux. Novembre sent les superpositions de vêtements, l'écharpe violette qui réjouit Camille, le gilet en laine assymétrique et troué, le chèche crocheté par Maman il y a longtemps déjà, la tête de Camille sous le gilet bleu ardoise qui a abrité son frère il y a quatre ans de ça. Novembre est moit, moit comme mes draps gorgés de lait, et le linge qui ne sèche pas dans notre chambre. Novembre, a le bruit de la pluie qui tombe sur le rebord de notre fenêtre, ploc ploc ploc. Novembre c'est la sortie de la chienne en pyjama, en ballerine et bras nus, et se dire, demain matin angine et amoxiciline. Novembre raccourcit les jours et amène la nuit si tôt, si tôt. Novembre me tombe dessus, et je n'ai envie de rien, si ce n'est de nous blottir dans mon lit, avec Camille, lové, à mon sein. Novembre se revêt des illuminations de Noël installées dans ma ville, et la petite fille qui est en moi qui se demande quand les allumera-t-on. Novembre sort en vapeur le matin de nos bouches, et sa petite main dans la mienne un peu plus fort sur le chemin de l'école. Novembre glisse de feuilles mortes que nous tentons d'éviter. Novembre ressemble à ces légumes que je ne connais pas ou peu, et que j'achète pour faire des purées à Camille, butternut, panais, blettes. Novembre et la fête des morts et l'anniversaire de ma soeur, c'est le souvenir de la babiole que je recevais à cet événement, et qui coupait la longue attente entre Pâques et Noël. Novembre ce sont les arbres qui se dévêtissent de leurs splendides parures.

Voilà Marion, ce qu'est Novembre pour moi.