Devenir mère
Je suis devenue mère bien avant que naisse Gabriel. Il me semble que c'était un vendredi soir. Il n'y avait pas de panique, mais l'impatience était là. Serait-elle jolie? Serait-elle polie? M'aimerait-elle? Je n'ai pas perdu les eaux. Elle était déjà habillée et plutôt grande à son arrivée. Comme à la venue au monde d'un enfant, j'ai eu peur puis je me suis attendrie. Serais-je à la hauteur? Serais-je celle à qui se confier? Saurais-je l'aimer comme il le faut?
Il me semble qu'il ne nous a pas fallu longtemps pour nous apprivoiser. Tout de suite mon coeur s'est rempli. Tout de suite j'ai su que grâce à elle, je passais du côté des parents. Il fallait trouver un rythme. Faire des efforts. Être adulte face à cette enfant.
Je me souviens des larmes les dimanches soirs, la déchirure qui faisait saigner mon coeur, une fois la portière refermée sur nos week-ends. Je ne pensais pas aimer si fort et si vite.
Je ne suis pas de ces femmes qui disent avoir pris vie à la rencontre de leurs enfants. J'ai vécu avant eux, je ne vis pas pour eux, mais avec eux. Je ne nie pas que la maternité est pour moi épanouissante.
Je mentirais si je disais que tout a été rose tout au long de ces trois ans. Je mentirais si je disais que nous ne nous sommes jamais agacées l'une l'autre. Mais ce serait mentir de dire qu'elle ne me manque pas terriblement.
Elle qui n'est pas ma fille.
Elle qui n'est pas ma fille, mais qui m'a fait devenir mère.
*Octobre 2011, et on ne peut plus valable ces jours-ci, pour nous qui n'avons eu la joie de l'avoir à nos côtés depuis quatre longs mois et qui savourons chaque instant passé avec elle.*
De douces nuits

Gabriel a changé de lit. Il dormait depuis Juillet dans le lit de sa soeur (qui est là seulement pendant les vacances), et la venue de leur grand-mère la semaine prochaine alors que les deux enfants seraient à la maison a un peu précipité l'acquisition d'un "lit de grand". En fouillant sur leboncoin, j'ai dégoté un lit, sommier et matelas pour 50€. Vu l'état actuel de nos finances (ahem...), nous avons sauté sur l'occasion. Il n'est pas du tout comme le lit de grand que je projetais pour Gabriel, mais bon, moyens du bord... Monsieur V. est parti le chercher seul, et m'a un peu étonnée lorsqu'il m'a dit que le lit ne rentrait pas dans la voiture. Et pour cause: il fait 120 cm de large! Gabriel se retrouve donc avec un lit aussi large que son lit de bébé était long (vous suivez?)! A cause de ses mesures hors normes, il a fallu que j'enrichisse mon linge de maison. Et il y a un peu plus d'une semaine, je me suis lancée dans l'élaboration d'un élément fait main pour son lit, son premier lit de grand, pour marquer le coup. Alors point de courtepointe en granny squares (je suis nulle nulle nulle en crochet et tricot), ni même d'édredon en patchwork, mais juste une taie d'oreiller faite avec amour. Je pensais faire un pêle-mêle de plusieurs tissus dans les tons de la housse de couette, puis j'ai eu envie de chouette. J'ai fait une recherche sur le net pour trouver l'inspiration, et je suis tombée sur l'article de Petit Citron qui m'envoyait sur le blog de Pour mes jolis mômes (que j'ai épluché depuis), et j'ai trouvé le coussin super chouette! Je ne voyais pas ma chouette comme ça, mais la sienne était jolie, le patron offert et simple à réaliser de quoi occuper la fin de mon dimanche après-midi. Pensais-je. Car je suis atteinte de pointdecroixite depuis fin Décembre, et j'orne de centaines de petites croix chaque coussin en appliqués que je fais. Donc la taie qui devait être finie le jour même a été fini de broder le mardi, et montée le mercredi, j'ai même pris mon courage à deux mains, et au lieu de scratch ou autre pression, j'ai brodé à la main les boutonnières. Bref, tout ça pour dire que Gabriel a un lit de grand, et pourra y passer, j'ose espérer, de douces nuits.
Toute particulière
En ce moment je couds, je couds pour deux petites minettes. Je couds du tout petit, je couds pour que leurs petites vies rentrent dedans. Je couds des petites robes, des petites robes de petites filles. Avec des couleurs fraîches et des fronces, partout, partout, partout, de ces fronces qui me rendent un peu folle. J'ai fini hier l'ensemble de la toute petite grande soeur, et ai entamé aujourd'hui la tenue de la toute petite soeur. Le bloomer attend que leur maman mesure les ventres et les cuisses potelées de ces demoiselles, ces petits ventres et ces petites cuisses rondes de lait et de câlins. J'ai voulu que Gabriel m'aide et essaie le bloomer de la petite A., ce ne fut que cris et hurlements, alors nous verrons bien, Mademoiselle-plus pour très longtemps- G. me dira ce qu'il en est quand j'aurai enfin envoyé les petites tenues. En attendant, je couds pour ces deux petites poupées, pour la petite E. qui est arrivée sans crier gare, cette petite poupette dont l'annonce me fut faite au moment où j'aurais aimé porter la vie, et pour la petite A. qui, jumelle de génèse de mon Gabriel, pour ces fillettes pour qui j'ai une tendresse toute particulière.
Joyeuses Pâques
(photo pourrie avec mon téléphone, je voulais en prendre une avec mon APN ce matin, mais les fleurs sont déjà flétries)
Oeufs en polystyrène rétros Jour de fête, branches (fortitia, noisetier, et pommier? prunier? pêcher?) subrepticement piquées à mes voisins à 3 heures du matin, sous la pluie, faute de quoi, ce serait moins drôle
3 ans!
Avec presque un mois de retard sur le blog, happy 3 my love!
Mon ouistiti joli

K.

Broder pour la petite K. au doux soleil d'il y a tout juste une semaine.
Escalade
"... quoiqu'il en soit, je ne peux renoncer à mes rêves, ce serait pour moi mourir un peu. Il faudra du temps et de la persévérance, quoi de plus bateau que la métaphore de la montagne: le sentier est ardu et escarpé, l'ascension lente et difficile: si tu me retiens lorsque je chancelle, si tu guides mes pas lorsque je n'y vois pas, si tu me sers de corde de rappel, je m'accrocherai. Je trébucherai sans aucun doute, je n'ai jamais vraiment eu le sens de l'équilibre, je m'égratignerai à la vie, peut-être même quelques foulures, mais j'y parviendrai; au final, tous ces bleus et ces cicatrices n'en rendront que l'horizon au sommet plus beau..."
4 Avril 2010
Parquets qui grincent
A 18 ans je suis partie. J'avais des rêves de jeune fille, des copains qui partaient là-bas, et surtout, l'envie plus que développée de partir me protéger, un peu plus loin. Alors, sans rien connaître de cette ville, je suis partie à Tours, là où allaient Marie, Jean-Paul et Dorian. Je pensais que les kilomètres me feraient un écrin, formeraient un écran entre lui et moi. Il me fallait me séparer de ma mère et ma soeur, mais il le fallait pour être loin de lui.
Un an auparavant, Sophie (ma soeur) et moi, avions fait le grand saut. Dix ans après, je me demande si cela était justifié, si nous en avions vraiment besoin, si la Justice a bien fait son travail, surtout quand je vois tous ces enfants qui se font cogner et qu'on laisse à leur parents. Il y a dix ans, le jour des attentats du World Trade Center, ma mère est venue me chercher au lycée, après mes cours de dessin. "C'est aussi la guerre à la maison" m'a-t-elle dit. Nous avions reçu une convocation du juge des affaires familiales d'Orléans, nous convoquant dix jours plus tard. Nous avions rencontré, ma soeur et moi, une ou deux fois, une assistante sociale, pour parler de ce père qui nous faisait peur, de ses mots, de ses cris que nous ne supportions plus. Je ne voulais plus avoir peur en entendant le parquet de la chambre du haut grincer, et le savoir debout, prêt à me rabaisser. Et ce 21 Septembre, je crois que les choses sont allées un peu plus vite que prévu. La juge a voulu nous faire dire des choses fausses, que nous avons niées. Puis, elle a prononcé son jugement. Et Sophie et moi avons été précipitées dans une sorte de film de série b, nous étions placées.
J'avais 17 ans, j'avais arrêté de compter les moitiés depuis longtemps, mais, le comique de la situation voulait que j'avais 17 ans ET DEMI, ma soeur allait en avoir 15, et nous avons été placées en foyer. Nous n'avons pas pu dire au revoir à notre mère, et c'est là un de mes plus forts regrets. Nous n'avions rien, pas même une culotte de rechange. Nous avons été catapultées dans un monde bien différent du nôtre. D'enfants battus et d'enfants lourdement handicapés, de placement d'urgence de petites filles dont les manteaux étaient ensanglantés, d'enfant démoniaque que rien n'arrête. Moi qui suis pourtant discrète, j'ai eu beaucoup de mal avec les règles imposées et me suis parfois rebellée devant des situations qui me paraissaient inadmissibles, nous étions soudainement privées de nos parents, de nos repères, de notre liberté, il nous fallait faire face à des règlements stricts et dépassés. Ainsi, avons-nous, ma soeur et moi, fait assouplir quelques règles, par notre entêtement et la force que nous avions d'être toutes les deux ensemble. Au bout de quelques semaines, ils ont cru avoir la bonne idée de vouloir nous séparer de chambre, croyant que cela atténuerait l'amour que nous nous vouions l'une à l'autre. On ne serait pas dans la même chambre? Hé bien nous passerions tout notre temps libre dans les pièces communes, puisqu'aucune règle n'empêchait ça.
J'ai très peu parlé du placement à l'époque. Je n'avais pas changé de lycée, je ne voulais pas de la pitié ou de la condescendance de mes camarades. J'avoue en avoir joué auprès de quelques adultes du lycée en revanche, pas très honnête de ma part de jouer sur le côté Princesse Sarah, mais bon, cela m'a permis de rendre quelques dissertations un peu plus tard. J'ai bénéficié du soutien inconditionnel de Mélanie et Gaëlle durant cette période d'enfermement. Certains se sont étonnés, je n'en ai parlé qu'aux plus proches et à la fin. Aucun membre de ma famille n'est au courant, ni grands-parents, ni oncle, ni tante, même dix ans après.
Je n'ai pas beaucoup aimé cette période de ma vie. Elle n'a pas servi à grand chose. Petit à petit, nos parents nous ont récupérées. Une journée d'abord. Puis le week-end complet. N'acceptant guère nos privations de liberté, nous avons laissé croire que les choses se passaient mieux avec notre père. Et six mois après, la juge nous "rendait" à notre famille. Je n'avais pas très envie d'y retourner, mais l'ASE s'était payé ma tronche (on m'a fait miroiter plusieurs mois un contrat jeune majeur, pour, la veille du jugement me proposer une toute autre chose qui ne correspondait en rien à mes attentes.) Je suis rentrée chez moi, une semaine après ma soeur. Le jour de mes 18 ans, fin Mars. Les vieux démons de mon père n'ont pas mis longtemps à ressurgir. Tant et si bien que deux semaines avant le bac, je trouvais refuge chez Mélanie le temps de réviser en écoutant Amélie Poulain et de passer l'examen loin de mon père.
J'ai eu mon bac, avec mention.
La seule chose que j'ai apprise de mon placement, c'est que ce n'était pas à moi de protéger ma mère et ma soeur.
Mon bac en poche, j'ai fui. A Tours, j'ai longtemps eu peur en entendant les voisins du dessus marcher.
Ma soeur est retournée en foyer un an après. Ma mère s'est séparée de mon père, 18 ans trop tard, et a pu récupérer la garde de ma soeur. Après que ma soeur a pris son envol d'adulte, mon père est revenu chez ma mère. Je lui en veux terriblement d'aimer si fort cet homme qui me fait si peur. Aussi, ne suis-je jamais revenue habiter vers chez eux. Je crois, à tort, que les kilomètres me protègent. Après Tours, je suis partie dans le Poitou-Charentes. Je suis remontée quelques années dans les Yvelines, avant partir m'établir à Limoges.
J'ai cru que la naissance de mon fils calmerait mon père. J'ai cru.
Dix ans jour pour jour après avoir été placée en foyer, je me suis pacsée avec mon amoureux. J'évite au maximum d'avoir des contacts avec lui, en me privant de ma mère et ma soeur pour moins souffrir. Un jour je n'aurai plus peur de lui, mais déjà, je n'ai plus peur des parquets qui grincent.
Raoul
Mais je ne vous ai pas présenté Raoul? Raoul, c'est le petit nom que portait Gabriel dans mon ventre, Monsieur V. et moi avions choisi pour ce petit d'homme que j'attendais le prénom le plus laid qui nous était venu à l'esprit. Bien que son vrai prénom ait été choisi sur la fin de la grossesse (le 21 Janvier 2009 pour une naissance le 24 Février, je rêvais de Louis, de Paul, de Joseph mais Monsieur V. n'en voulait point), je ne supporte pas d'entendre des futurs parents appeler leur bébé par son futur prénom (superstition? je ne sais pas), donc, après avoir été surnommé La Crevette, puis le Bulot, c'est Raoul qui fut retenu pour les mois à rester. Et comme Gabriel est venu au monde par césarienne sous anesthésie générale, et bien, j'ai deux enfants, le petit Raoul que j'ai porté, et le petit Gabriel que j'ai pu tenir dans mes bras, une fois bien réveillée, de longues heures après sa naissance (1h33, dans ma chambre vers 10h, une éternité somme toute). Bref, loin de ces transgressions légèrement schizophréniques, il se figure que je voue un amour inconditionnel aux poupées Happy to see you de Pénélope. Qui me connait suffisamment saura que j'ai reçu ma toute première, la très originalement nommée Pénélope, bien avant la naissance de Gabriel, neuf mois tout rond d'ailleurs, puisque cette dernière est arrivée à la maison le jour où, selon les médecins, mon tout petit a été conçu (si si, c'est vrai; je vous autorise à me prendre pour une folle à lier), le 12 Juin 2008. Enfin, tout ça pour dire, que sans enfant, j'avais très envie d'avoir une de ces petites poupées de laine et de coton. Puis arriva la petite K. dans ma vie, me donnant un alibi pour jouer à la poupée.
Bref, ayant mon poupon en chair et en os, mon fils devenait un second alibi tout justifié pour l'arrivée d'un poupon vendéen en ma demeure. Une mini K. était entre temps arrivée à la maison née des mains de Noémie, ainsi qu'une petite Juliette parrainée par ma "partner in crime" Céline, sans vraiment d'alibi ;) Je commandais donc pour les deux ans de mon cher Gabriel, un petit bonhomme que j'imaginais devenir son alter ego. Ses cheveux sont loin d'être aussi foncés que ce que ces gênes prédisaient, ses yeux bleus gris ont laissé place à un savant mélange à la couleur indéfinissable. Bien que commandé un peu tard, Raoul était à la maison avant les deux ans de Gabriel, et malgré une légère inquiétude lors de sa découverte (Gabriel l'a snobé quelques jours), je peux dire un an plus tard que Raoul est un des indispensables de Gabriel, je n'envisage pas un voyage sans la présence de mon second fils. Ce côté indispensable a d'ailleurs rendu Raoul un peu moins présentable qu'à son arrivée (cheveux feutrés, visage, pieds et mains gris, bonne mine effacée, il a même eu droit à deux coups de croc (j'ai frôlé la crise cardiaque ce jour-là!!!), sans trop de séquelle par chance, mais tout de même visibles), mais bon, il était destiné à un petit garçon de deux ans, alors, comme le dirait la pub, "c'est le jeu ma pauvre Lucette". Il me reste les filles pour me consoler, mais je ne les porte pas dans mon coeur comme Bavoul. D'ailleurs, en revenant de Paris la semaine dernière, à 1h15 du matin, alors que nous étions descendus du train en le prenant, arrivés à la voiture, plus de Raoul. Je ne vous raconte pas ma stupeur et mon affolement, demi-tour direct au pas de course pour voir où il était, et surtout, éviter que quelqu'un l'embarque!!! Par chance, Raoul gisait sur le sol devant la gare, peaufinant son maquillage grisâtre. Sans plus tarder, je vous présente mon deuxième fils, Raoul, alias Bavoul!





(une babiole sur le thème des poupées pour qui trouvera quelle scène cette photo rejoue-t-elle!)
P.S: pour l'anecdote: j'ai réellement hésité à mettre Raoul à côté de Gabriel sur l'acte de l'état civil; ce prénom, si moche soit-il, est devenu doux à mes oreilles, symbole d'une grossesse douce et appaisée, promesse d'une maternité qui m'a révélée à moi-même.



