En ce moment, ëlle bloggue (blogue?) beaucoup, voit de jolies choses, met nombre de pages en favoris, en attendant de pouvoir décorer son nid, enfin, en avoir un serait bien déjà. Ëlle va même sur des sites typiquement féminins, rêver à des vêtements de maman chic et élégante, à de jolies chaussures qui ne seraient pas en plastique et en carton, bien qu'ëlle reconnaisse qu'ainsi, on peut avoir plein de chaussures pour pas cher... Et en ce moment, c'est le reflexe, ëlle rêvasse quelques minutes, une vraie envie la prend, et là, ëlle tape les quatre lettres... A N P E comme si cela l'aidait à déculpabiliser d'avoir dépensé des sous en songe, ëlle fait plusieurs recherches pour trouver de quoi les dépenser, mais en songe aussi.
Ëlle a eu un entretien jeudi midi, dans un magasin d'une grande chaîne de décoration, d'art de la table et de meuble. N'ayant pas le permis, ayant un enfant en bas âge et pas encore de nourrice, bien que Monsieur V. puisse assumer ce rôle quelques semaines encore, ëlle en est sortie un peu dépitée, ëlle ne sait pas se vendre, ça, c'est une certitude, à la question pourquoi ëlle et pas une autre, ëlle n'a même pas été fichue de répondre parce qu'ëlle avait de l'expérience, écrit-ëlle en levant les yeux au ciel. La réponse dans quinze jours lui a-t-on dit, une éternité somme toute.
Là, ëlle a envie, ëlle a envie d'aller travailler, de donner un but à ses journées, de pouvoir mettre un peu de beurre dans les épinards, bien qu'ëlle n'aime pas ça. Ëlle sait que parfois, la nostalgie des journées décousues en seule compagnie de son fils et de son homme l'accablera, ëlle sait qu'ëlle pestera parfois contre les clients/collègues/patrons, qu'il y aura des journées où ëlle rentrera crevée, mais aujourd'hui, cela fait deux ans qu'ëlle n'a pas eu de vrai boulot, une vraie fiche de salaire, une utilité dans la société hormis celle d'élever un futur petit consommateur citoyen...
Demain, ëlle enverra encore quelques lettres, comme autant de bouteilles à la mer, en passant des heures à élaborer une supplication d'embauche, recommençant une dizaine de fois la maudite lettre de motivation, avec, pour retour, tout au mieux un mail automatisé lui disant de considérer, sous quatre semaines, sa candidature comme non retenue.