Il y a un an, ou un peu plus, ëlle a offert à Monsieur V. des jacinthes, car ce sont des fleurs qu'il affectionne particulièrement. Cela fait plusieurs jours qu'ëlle a envie de printemps, non, c'est faux, cela fait plusieurs semaines. S'ils avaient pu, ëlle croit qu'ëlle aurait acheté une jardinière et l'aurait posée dans la cour, y plantant quelques bulbes et un peu de gazon pour avoir un minuscule jardin. Ëlle aimerait que les beaux jours arrivent, que la lumière rentre dans leur appartement, et pouvoir mettre l'étendoir dehors afin que sèche le linge plus rapidement. Cela fait plusieurs jours qu'ëlle se dit qu'il faudrait arroser la jacinthe qui est dans son pot sur le meuble de la télévision. Elles parlaient de fleurs avec Joséphine, ëlle s'est alors décidée, et est allée chercher ce pot qui patiente depuis un an. Surprise d'y découvrir trois bulbes où ëlle pensait n'en trouver qu'un. Ëlle a machinalement rempli le petit récipient qui leur sert à remettre de l'eau dans le chauffe-biberon pour les arroser, puis a découvert que la nature était pleine de ressources. Peut-être est-ce l'humidité importante régnant dans l'appartement ou les bulbes qui avaient fait des réserves l'an passé, mais chacun des bulbes a déjà une pousse vert tendre d'un centimètre. Etonnée par les ressources que peut avoir la nature, et la vie plus forte que tout.  Ëlle a placé ses jacinthes sur le réfrigérateur afin qu'elles reçoivent en avant-première les rayons du soleil. Ëlle a hâte que leur entêtant parfum enivre la maison. Il y a aussi ce magazine qui pour ëlle est le signe annonciateur du retour des beaux jours, depuis des années, c'est lui qui lui annonce que la grisaille est bientôt finie. Ëlle a hâte de sentir le soleil sur sa peau, le vent jouant dans ses cheveux, d'entendre chanter les oiseaux, de voir Gabriel en bloomer et en manches courtes, rien ne lui va mieux que les petits polos d'été. Ëlle espère tant des saisons à venir. Ëlle pense que les prochains mois seront décisifs et marqueront des tournants dans leur quotidien. La vie, ëlle l'appelle à grands cris, que la leur commence, qu'ëlle puisse espérer l'héberger à nouveau. En attendant, ëlle se prépare dans sa demeure, à accueillir le printemps.