Depuis quelques jours, la petite demoisëlle réfléchit. Réfléchit, un peu, beaucoup, trop. Son cerveau n'arrive pas à faire de pause, il ne parvient pas à se calmer. Ëlle est de nature optimiste. Mais ce soir, ëlle est tellement déprimée, tellement lasse, qu'ëlle en a froid, que son corps se couvre de chair de poule, ëlle voudrait se rouler dans la couette, fermer les yeux et s'endormir, de suite. Mais ça, ëlle ne sait pas le faire.

Les animaux malades ou disparus, aujourd'hui, ëlle avait le coeur lourd, la perspective de devoir aller chez le véto sans trop savoir comment ëlle allait payer lui a mis les larmes aux yeux. Comme si elle le sentait, la petite Belette s'est rétablie toute seule, du jeu un peu trop violent de son compagnon, ëlle veut juste que s'ils doivent tomber malade, que ce soit le mois prochain, que ce ne soit pas maintenant, avec soixante euros pour acheter du lait, mettre de l'essence et acheter de quoi nourrir la petite K. qu'ils doivent aller chercher ce week-end, et ce, jusqu'aux "salaires", à la fin de la semaine prochaine. Dame Shirley qui n'est pas rentrée depuis lundi, véritable petit chien (elle les suit quand ils vont sur le parking chercher les voiture, et entend le moteur et vient les accueillir), la minette ne répond plus à leurs appels, alors qu'elle ne partait jamais bien loin. Véto et fourrière appelés, la petite demoisëlle espère qu'elle n'a pas fini en fourrure...

Et puis, la folle envie de partir, d'avoir plus grand, de pouvoir se sentir chez soi enfin, que Gabriel et la petite K. aient une chambre, même commune, mais ëlle ne veut plus être épuisée par des week-ends à camper dans le salon, à laisser leur lit à la petite, pour, qu'elle, dorme correctement. Alors ëlle cogite, cherche comment faire pour avoir plus grand, et ne pas être trop loin de tout, de la petite K., du boulot quand celui-ci reviendrait, et aussi, de sa famille, dont ëlle a été trop éloignée pendant sept longues années, envie de rattrapper le temps perdu... Mais en ce moment, déménager semble improbable.

Alors, ce soir, ëlle n'a pas vraiment le moral, en temps normal, ëlle a le sourire et tente de réconforter les autres, mais ce soir, il y a une petite baisse de régime. Tant pis pour le message reçu plus tard, à une heure où on ne dérange plus les gens sauf en cas de force majeure, mais ce soir, c'étaient ces soucis à ëlle qui la rongeaient, ëlle voulait se reposer, et ne pas prendre sur son dos déjà bien chargé, les soucis d'une autre qui ne méritaient peut-être pas qu'on fasse sonner son téléphone à plus de minuit et demi passé. Ëlle a demandé, presque imposé que l'on s'occupe du bébé, pour aller se coucher, tenter de se reposer. Alors ce soir, ce n'était peut-être pas très politiquement correct, c'est la première fois qu'ëlle lui faisait le coup, ëlle n'était pas bien, tant pis pour le message, on répondrait plus tard, mais ce soir, ëlle qui est toujours là pour tout le monde, ce soir, ëlle avait besoin de se montrer égoïste.