Promontoire
Ces courbes-là, ëlle les avait longtemps attendues, espérées même. Ëlle n'avait pas toujours aimé son corps, et les courbes qui le modelaient en temps normal, ëlle en avait même souffert, les maudissant, et avait fini par les accepter, se disant que, un jour peut-être, ëlle y remédierait, mais pas tout de suite.
La vie lui avait fait un merveilleux cadeau que de pouvoir observer son corps changer au fil des mois, et les rondeurs longtemps haïes, se transformaient en rotondité dont parlaient une de ses compagnes de "portage de vie", son corps arrondi, cachant puis dévoilant son secret, chaque jour, ëlle le chérissait un peu plus, faisant fi de ce qui, il y a quelques mois, lui déplaisait au plus au point.
Plusieurs fois par jour, ses mains venaient se poser sur le centre de son monde, ce promontoire qu'ëlle chérissait si fort, cette colline à laquelle ëlle pensait si fort lorsque l'équilibre se trouvait instable pour ëlle, et qu'ëlle songeait à protéger si jamais ëlle devait tomber, "partir en arrière" se disait-ëlle, mais la chance lui souriait, une fois de plus, depuis que son corps portait la vie, sa capacité à ne pas tenir sur ses pieds s'était éloignée d'ëlle, ou peut-être son corps faisait-il plus attention, ëlle ignorait celà. Ses mains venaient caresser ce petit être, caché sous la chair, mais qu'ëlle savait bien là, le toucher, observer l'arrondi de son ventre, voir les déformations qu'il subissait parfois, quand le petit, en dessous, cherchait une autre position. Même sa peau zébrée, que beaucoup auraient trouvé quelque peu rebutante, ses zébrures pourpres, ëlle les admirait, ëlle aurait préféré que son ventre ne garde pas de cicatrices, mais tout compte fait, elles étaient le témoignage de ce qui se passait en ëlle, alors, comme un petit cadeau de plus, un petit trésor, ëlle les aimait également.
Depuis Juillet dernier, ëlle naviguait sur un petit nuage de béatitude, quelques ombres étaient venues obscurcir son horizon, ëlle avait dû prendre des décisions, se protéger, les protéger ëlle et son tout petit. Avec lui, ëlle trouvait la force d'affronter des choses qu'ëlle n'aurait pas eu le courage de faire en temps normal. Comme si ses nouvelles rondeurs venaient arrondir les angles de la vie, rendre plus facile à franchir les obstacles qui se présentaient devant eux, les courbes comme un airbag face aux problèmes, ils étaient indispensables l'un à l'autre. Chaque nouveau jour, ëlle caressait son ventre, dès qu'elle pouvait admirer dans un miroir ou une vitrine, ses yeux se posaient dessus, ëlle chérissait ce ventre qu'ëlle portait bien devant ëlle, un regard comme venu de l'intérieur pour contempler ce nouvel horizon qui s'offrait à eux, l'infini de l'avenir et de ses promesses, en observant tout celà depuis ce si rond promontoire.
