Je ne sais pas si c'est le fait d'avoir écrit, et pas seulement pensé, que la chambre du petit C. était "capharnaüm sans nom", ou si, l'échéance aidant, il me fallait me décider, mais j'ai passé quelques heures dans la chambre du bébé en fin d'après-midi. Enfin, dans sa chambre, dans la nôtre, dans celle des aînés, à ranger, deci delà, tout ce que j'avais pu entasser dans la chambre du petit dernier. J'ai pendu les chemises de Gabriel dans son armoire, l'armoire que nous étions partis chercher dans la verte campagne, au nord de Limoges. Ce jour-là, pendant que Monsieur V. la chargeait dans la camionette, nous avons assisté au spectacle impressionnant des grues cendrées remontant vers le Nord. Il m'était déjà arrivé d'apercevoir leur convoi au loin, cette fois-ci, c'est juste au-dessus de nos têtes qu'elles passaient, bruyantes et élégantes, intrigantes également, quel mystère scientifique que ces oiseaux qui entreprennent deux fois par an un voyage au nombre de kilomètres combien de fois plus élevé que ceux effectués par notre voiture chaque année! Dans la semaine, je m'étais armée d'une scie à métaux, et j'avais coupé notre ancienne tringle, pour la fixer dans l'armoire des enfants. Aligner les petites chemises m'a ravie, un peu d'ordre pour moi qui suis si...
J'ai patiemment vidé le lit du bébé, entre deux couches de peinture de ma petite toile au renard. J'ai jeté quelques chutes de tissu, que je garde, alors que je sais qu'elles ne serviront jamais. J'ai plié, trié, puis nous avons dîné. Enfin, nous, Vincent et moi, car Gabriel, voyant que je préparais de la purée, a décrété qu'il n'en mangerait pas. Je n'ai pas eu envie de me battre, ni de passer mon temps à crier. Je lui ai demandé de manger ou d'aller se coucher. Il a préféré le lit. Il a encore beaucoup toussé, et demandé à vomir. J'ai réussi à l'en dissuader, et après avoir déposé mes lunettes sur sa table de nuit, je me suis allongée un peu à côté de lui. J'ai chanté aussi. Les lauriers du bois. Puis sa chanson, celle que, pompeusement, je pourrais dire que j'ai composée. Une comptine avec son prénom, et un tout petit couplet sur les interractions avec chacun des membres de sa famille. Il faut, d'ailleurs, que j'invente un nouveau couplet, je ne trouve pas. Et après l'avoir chantée tant de fois d'une manière précise, arriverai-je à la modifier?! Il a fini par me dire qu'il était trop serré, et je suis partie. J'ai fini mon renard, peint les yeux, le museau et détaillé la queue et une cuisse. Bien que très naïf, et pas du tout original (j'ai décalqué -oui oui- sur mon écran d'ordinateur le renard d'une marque d'objets pour enfant), je suis contente d'avoir pu le dupliquer. Je passerai sous silence les presque 30 couches de peinture orange pour cacher mes "bêtises". Une fois finie la toile, et branché le luminaire, armée de patafix (les murs ne peuvent pas être percés au dessus du lit du bébé), j'ai ajouté mon renard, et quelques babioles qui attendaient que je m'active dans cette petite chambre blanche.

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