P3210744Je suis devenue mère bien avant que naisse Gabriel. Il me semble que c'était un vendredi soir. Il n'y avait pas de panique, mais l'impatience était là. Serait-elle jolie? Serait-elle polie? M'aimerait-elle? Je n'ai pas perdu les eaux. Elle était déjà habillée et plutôt grande à son arrivée. Comme à la venue au monde d'un enfant, j'ai eu peur puis je me suis attendrie. Serais-je à la hauteur? Serais-je celle à qui se confier? Saurais-je l'aimer comme il le faut?
Il me semble qu'il ne nous a pas fallu longtemps pour nous apprivoiser. Tout de suite mon coeur s'est rempli. Tout de suite j'ai su que grâce à elle, je passais du côté des parents. Il fallait trouver un rythme. Faire des efforts. Être adulte face à cette enfant.
Je me souviens des larmes les dimanches soirs, la déchirure qui faisait saigner mon coeur, une fois la portière refermée sur nos week-ends. Je ne pensais pas aimer si fort et si vite.
Je ne suis pas de ces femmes qui disent avoir pris vie à la rencontre de leurs enfants. J'ai vécu avant eux, je ne vis pas pour eux, mais avec eux. Je ne nie pas que la maternité est pour moi épanouissante.
Je mentirais si je disais que tout a été rose tout au long de ces trois ans. Je mentirais si je disais que nous ne nous sommes jamais agacées l'une l'autre. Mais ce serait mentir de dire qu'elle ne me manque pas terriblement.

Elle qui n'est pas ma fille.
Elle qui n'est pas ma fille, mais qui m'a fait devenir mère.

*Octobre 2011, et on ne peut plus valable ces jours-ci, pour nous qui n'avons eu la joie de l'avoir à nos côtés depuis quatre longs mois et qui savourons chaque instant passé avec elle.*