Ëlle constatait avec effroi qu'on était déjà Lundi, depuis une minute ou deux certes, mais le constat était bien là, son Dimanche s'était envolé. Disparu, évanoui, dissipé. Comment avait-il pu passer si vite? Quel malin tour de passe-passe l'emmenait déjà vers une autre semaine chargée, non pas d'une cinquantaine d'heures de travail comme celles de Monsieur V. (quoique, le boulot plus Gabriel, cela les dépassait nettement), mais une longue semaine, à aller bosser à peine quelques heures chaque jour, et c'était bien le "chaque jour" qui la chagrinait. Chaque lundi, son seul objectif était d'arriver au Dimanche, Dimanche, jour béni des Dieux s'il en est, puisqu'il signifiait que ce jour-ci, elle n'aurait pas à parler de chiffres toute la journée, ni à demander "Avez-vous la carte de fidélité?" (oui, ëlle s'applique à parler correctement français, là où ses collègues affirment que Louis XIV était l'époux de Marie-Antoinette et enchaînent directement sur la dernière dévastation télévisuelle de la Une...).

Pourtant, ces Dimanches tant attendus sont loin d'être de tout repos. Un petit garçon qui, bien trop tôt, a franchi la zone de turbulence du terrible two, une maison dont il faut gérer l'intendance, ménage, lessives et vaisselle de la semaine à rattraper, essayer de cuisiner un peu, un peu plus que durant la semaine où ce qui est rapide à faire est de mise, s'occuper des deux chats trouvés dans la rue il y a deux semaines, slalomer dans la maison où s'empilent des objets chinés récemment assez encombrants, des meubles trouvés dans la rue, et les cartons.

Car ëlle est contente de vous l'annoncer ce soir, mais dans quelques semaines, le trente mètres carrés ne sera plus qu'un souvenir. Trois chambres, une cuisine séparée, une vraie salle de bain. Bon, certes c'est à C-L-V, mais tout de même, ils ne vont plus partager leur chambre avec le petit G., et la petite K. aura un lit bien à elle, plus de camping dans le salon, alors ville à la mauvaise réputation ou pas, il leur faut changer de vie, puis c'est un prélude à une toute autre.

Aujourd'hui (ou hier plutôt), ëlle a tout de même trouvé le temps de faire des crêpes pour le goûter, une tartiflette pour le dîner, s'occuper de Monsieur Gabriel, étendre deux lessives, faire des cartons et les ranger tant bien que mal dans la chambre, nettoyer les coussinets infectés du tout petit Léon, des cartons, changer un meuble de place, encore des cartons, faire un feu de joie d'une impressionnante masse de papiers officiels, feuilleter quelques MCI, découper et repasser quelques coupons de tissus et autres bouts de dentelle pour l'échange auquel ëlle s'est inscrite, avant de ranger ce qui reste dans d'autres cartons...

Alors qu'ëlle s'apprête à aller au lit, ëlle se demande encore où est passé son Dimanche!