Cela fait un peu plus d'une heure que Gabriel ne quitte pas mon portable. Il fait du quatre-pattes, et l'emmène au fil de ses bêtises. Là, bien que je ne le vois pas, à entendre son rire bien particulier, je sais qu'il est en train de torturer jouer avec la chatte. Aujourd'hui, nous passons la journée ensemble, Monsieur V. rentrera vers quatorze heures, à la fin de son service. Aujourd'hui, c'est mon jour de repos. Pas de nourrice ni d'uniforme à mettre, juste profiter de mon petit loup, malade depuis ses débuts de garde. J'ai trouvé un emploi. Travailler à Issy m'a remis le pied à l'étrier, et donné confiance. La dernière semaine d'Avril, j'ai envoyé quelques lettres, et le vendredi, je rencontrais le directeur du magasin. Trente-cinq heures, en CDI. Mazette, je l'aurais bien embrassé! L'après-midi même, nous trouvions une nourrice pour Gabriel, en urgence. Je crois que ce vendredi-là, tout treize qu'il n'était pas, j'aurais dû jouer au Loto! Les journées sont un peu longues, l'ambiance bon enfant d'Issy me manque, mais les clients sont assez aimables (sauf quand ils partent sans payer...), et sont moins moins nombreux qu'à côté de Paris. Une semaine de travail déjà. J'ai même une petite cliente avec qui je pense papoter à chaque fois, lui conseiller des lectures, elle doit avoir un an ou deux de plus que notre petite K., sa maman m'est sympathique, j'attends de les revoir.
Décrocher cet emploi m'a donné des ailes et le sourire, nous avons entamé les démarches pour changer d'appartement, et en avons visité un lundi, nous attendons le vingt-quatre, jour de commission d'attribution des logements avec impatience. Quelle qu'en soit l'issue, ce projet me porte et m'occupe l'esprit, et me fait avancer, c'est notre premier vrai projet avec Monsieur V., et cela lui revêt une solennité assez forte. Je rêve de peinture et des cartons, de meubles à trouver, de rideaux à poser, de chambres d'enfant à  décorer... Un bonheur n'arrivant jamais seul...