Pour une fois, ëlle s'était réveillée d'ëlle-même, à une heure plus raisonnable que trois heures du matin où Monsieur V. s'était levé pour aller prendre son service. Cette fois-ci, ni voisin fumeur crachant ses poumons dans la salle de bain accollée à la leur, ni bébé qui gazouille n'était venu la sortir des bras de Morphée, ëlle s'était donc réveillée d'ëlle-même, repue de sommeil. Bon, ëlle avait mis un temps certain à émerger, mais ëlle avait fini par quitter la mezzanine. En plus, Monsieur V. était rentré, il pourrait s'occuper du bébé et ëlle, ëlle pourrait prendre un peu de temps pour ëlle.

A bien y réfléchir, la série noire avait commencé la veille, quand, après avoir appelé le numéro que l'ANPE lui avait confié, on lui avait dit d'amener un CV... plus d'encre (noire) dans l'imprimante. Ëlle s'était donc résignée à prendre un vieux CV pas très joli et pas très parlant avec ëlle. Donc, ce matin, alors qu'ëlle allait pour prendre le seul pantalon propre qu'ëlle avait, ëlle s'est rendu compte que Foxie, la petite chatte rousse de la maison, pour une raison qui lui est totalement étrangère, avait décidé d'y déposer ses urines... Déconfite, ëlle choisit de piquer un jean's de Monsieur V. un ourlet d'une dizaine de centimètres et cela ferait l'affaire, pour l'entretien qu'ëlle devait passer aujourd'hui, il n'était pas question de bonne présentation exigée, juste un téléphone derrière lequel ëlle aurait passé ses journées. Le jean's n'était pas troué, hein. Et il s'avère que, malgré leurs presque trente centimètres de différence, la Petite Demoisëlle et son amoureux ont le même tour de hanche. Bref...

Ayant préparé son itinéraire, ëlle fit un changement de sac, un bisou à son fils et à son homme, et sortit. Dans les escaliers du parking, chèque à encaisser oublié, demi-tour. Ëlle était partie suffisamment en avance pour passer à la Poste, à proximité de son arrêt de bus. Arrivant à quelques dizaines de mètres de son but, en cherchant un timbre pour son enveloppe, catastrophe, plus de carte bleue. Ëlle s'est bien dit qu'ëlle allait appeler Monsieur V. pour qu'il cherche dans le sac à dos le sésame de plastique, mais ëlle s'est dit qu'ëlle le dérangerait. Demi-tour, tant pis pour le bus, ëlle ne sera pas remontée à temps. Arrivée à la maison, après avoir retourné son sac à dos, le verdict tomba, elle n'y était pas. Grand moment de stress, puis elle était là, par terre, tombée du sac... Ouf.

Prendre le bus, acheter son ticket de RER, arriver à la gare où ëlle doit faire son changement. Quelle chance, son RER doit arriver dans trois minutes. Vingt minutes après, toujours pas de RER. Ëlle appelle donc pour dire qu'ëlle sera probablement en retard. Génial à un entretien d'embauche, cela présage de grandes choses...
Ëlle arrive enfin à sa gare, sort prendre le bus. Etrange, le boulevard où ëlle doit aller est plein d'arbres, on dirait une zone résidentielle boisée, ëlle est sensée se rendre dans un immeuble vitré... Ëlle descend, cherche un peu. Pas de doute, ëlle est perdue. Ëlle appelle une nouvelle fois, pour dire qu'ëlle rebrousse chemin. Attend un autre bus, et arrive enfin à la gare RER. Ca y est, ëlle est bien en retard. Ëlle commande son ticket, et là: annonce dans les hauts-parleurs: "Suite à un accident de personne, le service est momentanément suspendu". Mazette! Est-ce possible d'avoir une telle poisse?!? Coincée dans une ville qu'ëlle ne connaît pas, morte de honte d'être en retard à son entretien d'embauche. Il y a un bus qui contourne la ville et permet d'arriver à l'autre gare de la ville. Mais combien de temps met-il? Comme presque tous les usagers du RER décident de le prendre également, ëlle ne peut poser sa question au conducteur. Dans le bus bondé, ëlle appelle une nouvelle fois, la mort dans l'âme, la société où ëlle devait se rendre pour dire qu'ëlle ne viendra pas, plus que dix minutes pour arriver, et ëlle ne sait même pas où ëlle est.

A la gare de C., le car pour rentrer chez ëlle lui est passé sous le nez. Le seul point positif de cette journée, c'est qu'ëlle n'aura pas payé les tickets de ses deux derniers trajets, impossible de valider pour le premier, et conducteur certainement compatissant de tous ces pauvres gens perdus, découvrant qu'il y des cars faisant des trajets similaires à ceux du RER. Vraiment, cette journée fut mauvaise, ëlle n'est pas superstitieuse, mais ëlle en est venue à se demander si tout cela n'était pas dû au fait de vivre avec un chat noir...