Il s'agissait de fêter son anniversaire. Vingt-neuf ans à fêter dignement. Ils étaient allés chercher la petite fille toute bronzée le lendemain de son anniversaire, qui rentrait de Rome le jour-même, parlant de statues, de glaces, de cacophonies polyglottes et de bagages momentanément égarés, mais récupérée bien trop tard pour organiser quoi que ce soit, d'ailleurs, sur la route du retour, on apercevait le soleil, flamboyant, se coucher derrière les arbres qui bordent la route des week-ends à quatre.
Ce jeudi, elles avaient de la chance, Monsieur V. était parti à plus d'une heure de route chercher un meuble qui leur faciliterait la vie, leur laissant l'après-midi de libre pour tout préparer. Avec les enfants, ëlle est partie acheter de quoi faire un repas, un vrai, un qui nécessite de déplier et de dresser la table. Un melon, du jambon de pays, un rôti de boeuf (oh! de la viande rouge!), des pommes de terre, un fromage de sa chère Touraine, des fraises, et, l'amusement de demander à la petite K. si elle voulait qu'on lui prenne des épinards, bien qu'ëlle sache que la réponse serait... positive.
En rentrant, après avoir nourri le petit G., elles s'étaient occupées des tartes, entièrement maison, en commençant par la pâte sablée, qui aurait pu ne jamais voir le four puisqu'elle était "excellente ta pâte", "la nôtre" lui rétorquait-elle, en prenant plaisir à voir la petite fille grapiller des petits bouts avec gourmandise. Ëlle aura pu compter sur les bouchons des sorties de bureau pour finir les tartes, les envelopper dans de l'aluminium, sans que Monsieur V. n'en devine le contenu. S'en suivit la fin de la préparation du repas, dans un bazar incommensurable, puisque, au retour du papa, il avait fallu vider le petit buffet et toutes les choses qu'il regorgeait, les disposer dans l'appartement pas très grand, afin qu'il puisse monter le vaisselier et le loger à sa nouvelle place... C'est comme ça qu'ëlle avait préparé son premier rôti, en équilibre sur l'évier, caché par le couvercle de la cocotte. Entre deux vérifications, ëlle avait aidé la petite K. à élaborer la carte d'anniversaire, sans faute et sans pâté, d'ailleurs, la petite K. passe au CE1, ils sont fiers d'elle. Une fois le meuble monté, elles ont dit à Monsieur V. de se poser, la seule chose qu'il aurait à faire, serait de venir à table et de ne plus en bouger "on s'occupe de tout".
Le repas fut bon, dégusté, apprécié, plus l'habitude de manger autant, les nuages dans le ciel semblaient même être de la partie, suffisamment nombreux pour leur permettre de ne pas suffoquer, sans pour autant les obliger à prendre le repas à l'intérieur. Monsieur V. n'aimait pas l'association du jambon et du melon, le rôti était peut-être un peu plus cuit que ce qu'on a l'habitude de manger, la purée avait encore quelques morceaux, la tarte contenait quelques fraises pas très rouges, la petite K. n'aimait pas sa mini tarte aux pommes, le cadeau n'était pas emballé par faute de temps, mais ce repas, premier qu'ëlle avait  entièrement réalisé depuis les 10 mois qu'ëlle avait passés ici, ce repas, au premier sens du mot, avait réellement quelque chose d'extraordinaire.

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Petite fille pas faite maison mais aimée comme, petite robe en lin Monoprix (la toute dernière et en huit ans pour leur grande sauterelle, ce jour-là, ëlle en a eu de la chance!)