Ëlle l'entendait rire devant la télé. Ëlle aimait les saccades étouffées, deviner son sourire, la cascade qui secouait son corps. Dans ses moments-là, ëlle voudrait être avec lui, tout contre lui. Et beaucoup d'autres moments aussi. La Crise, lui permet de l'avoir à ses côtés, vingt-quatre heures par jour, sept jours par semaine. Il pouvait se reposer pendant ce temps-là, et être à ses côtés, alors celà n'avait pas de prix.

Plus d'une demie année déjà passée en apprenant à se connaître, une demie année au cours de laquelle, il l'avait vue s'épanouir, se plaire dans la maternité future, puis devenir mère. De son côté, ëlle essayait de ne pas répéter ses erreurs, de ne plus être en colère en permanence après celui qui, à présent, partageait sa vie, de ranger tout celà. Il lui fallait accepter qu'ëlle ne pouvait avoir une prise sur tout, que certaines choses étaient ainsi, et que, même si l'envie la brûlait par moment, il fallait qu'ëlle accepte, et puis, d'ailleurs, c'était assez bon de ne pas avoir la sensation de tout régenter, de ne plus gouverner la vie d'une maison, comme ëlle avait pu le faire en bon petit tyran domestique. Ëlle déléguait, le laissait faire à sa façon, quand l'autre a un peu d'assurance, le passage du témoin est moins difficile aussi. Ëlle voulait allaiter, et dans sa relation mère-fils, ëlle l'avait laissé entrer, alors qu'en louve qu'ëlle se serait crue être, ëlle ne l'aurait peut-être pas permis; alors pendant les premières semaines de vie de son tout petit, chaque jour, ëlle tirait son lait pour que lui, la nuit venue, puisse partager un moment d'intimité avec son fils. Ainsi, ëlle lui permettait d'entrer dans sa vie, en se laissant aller, comme ëlle le disait plus haut, en acceptant de lâcher prise et de lui confier la prunelle de ses yeux. Avec les yeux tout brillants, ëlle se trouve assagie, apaisée par cet homme. Heureuse, tout simplement, pleinement, enfin.

Assez souvent, ëlle l'observe. Depuis l'ordinateur, ëlle étudie le jeune homme qui est dans le salon; depuis le lit, ëlle écoute le père qui joue avec son fils le matin, quand il prend le relais et qu'ëlle peut se reposer un peu; depuis l'oreiller, ëlle sent le souffle de l'homme qu'ëlle aime. De longues études anatomiques, du groupement de cinq taches de rousseur sur la joue gauche, à la tristesse qu'avaient ses yeux lorsqu'ëlle l'a connu, en passant par ses cheveux se semant de fils d'argent, ëlle apprend chacun de ses traits, tous ces menus détails, petits cailloux blancs dans sa mémoire, qui le rendent si présent dans sa tête et dans son coeur.

Ëlle ne lui a pas parlé de son petit jardin secret, il a du mal à comprendre le concept de parler autant de soi et de lire la vie des autres. Peut-être qu'un jour, ëlle lui parlera de sa petite fenêtre sur le monde. Ëlle voudrait qu'il sache tout celà, sans la trouver trop fleur bleue (mais c'est certainement le cas), ëlle voudrait qu'il sache que toujours, quand ëlle l'entend, le sent, le voit, ou pense tout simplement à lui, ne serait-ce que pour des futilités ménagères, toujours celà se fait avec amour.

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